Spécial Saint-Valentin : d'où viennent nos bijoux ?

Le bijou reste un incontournable de la Saint-Valentin, mais sait-on vraiment ce qu'on achète lorsqu'on achète un bijou ? Et a-t-on envie de le savoir ?

Le sujet est très vaste et a déjà été largement étudié. Je n'ai donc pas la prétention de le traiter ici dans sa globalité mais j'aimerais que l'on prenne quelques instants pour s'interroger sur cette question.

  • L'impact environnemental
Tout d'abord, les scientifiques nous alertent sur l'épuisement de certaines ressources naturelles, dont les métaux précieux. Selon Dominique Bourg, les réserves d'or sont estimées à 17 ans et celles d'argent à 13 ans* (sur la base d'une consommation constante). En 2015, dans le monde, 52.5% de l'or** et 19.4% de l'argent*** ont été consommés dans la bijouterie. Le ralentissement de cette industrie semble donc inévitable.

D'autre part, l'extraction des métaux précieux est très consommatrice d'eau et d'énergie. L'or et le platine, tous deux utilisés en bijouterie, sont les métaux précieux les plus énergivores à produire****. Face à la raréfaction des ressources et grâce à l'amélioration de l'outillage, l'extraction souterraine est de plus en plus profonde et nécessite donc de plus en plus d'énergie.

Et ce n'est pas tout ! L'extraction d'or est aussi pointée du doigt pour la déforestation, la pollution et les déchets qu'elle génère. Ainsi, les mines d'or et d'argent utilisent des produits chimiques pour récupérer les métaux précieux, notamment du mercure ou du cyanure de sodium, qui polluent ensuite les cours d'eau. Avec la flambée du cours de l'or depuis 2000, les orpailleurs illégaux se sont multipliés en Guyane, véritable fléau pour l'écosystème puisque leur technique d'extraction n'est pas contrôlée (ils utilisent par exemple du mercure, pourtant interdit sur l'île depuis 2006).

  • L'impact social
Les conditions de travail dans les mines d'or, d'argent et de diamants sont bien souvent très dangereuses. L'exploitation des enfants y est habituelle, car leur petite taille leur permet d'accéder plus facilement aux ressources. C'est notamment le cas dans les mines de diamants en République Démocratique du Congo, bien que l'âge minimum légal pour travailler soit fixé à 16 ans. 

En Guyane, l'orpaillage illégal s'opère en l'absence totale de réglementation du travail. Il conduit aussi au développement naturel d'une économie souterraine, associée au trafic d'armes, à la prostitution et à la criminalité.

De plus, les populations travaillant dans les mines sont exposées à un risque sanitaire lié à l'utilisation du mercure et du cyanure.

Enfin, la vente des diamants issus du continent africain a longtemps permis le financement de guerres civiles. Le Processus de Kimberley, signé en 2003, regroupe 81 pays dans le but de mettre fin aux "diamants de sang" en certifiant l'origine des diamants. Mais aujourd'hui, la certification de l'origine des diamants est-elle véritablement fiable ? Pourquoi les ONG ne parviennent-elles pas à faire ajouter un critère sur les conditions de travail dans la certification des diamants ?

  • Le label Fairmined
Bonne nouvelle, il existe aujourd'hui un label qui atteste la provenance de l'or : Fairmined. L'or Fairmined est certifié avoir été produit par des mines artisanales, autonomes, responsables et à petite échelle. Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site.

Pour l'instant réservé à l'or, ce label pourrait être étendu à d'autres métaux. On a hâte !


Finalement, pas besoin de bannir les bijoux, on peut agir : résister à la tentation de la surconsommation, se renseigner sur son joaillier, prêter attention aux matériaux, choisir des bijoux labellisé Fairmined et leur donner une seconde vie lorsqu'on ne les porte plus !

Et pour la St-Valentin, pourquoi ne pas plutôt opter pour un cadeau "fait maison" ? :-) 
Car il vaut mieux éviter aussi les fleurs coupées... Si belles, mais polluantes !


Ils en parlent... (et mieux que moi !) :
- A la radio, avec humour : Chronique de Guillaume Meurice sur les Diamants de sang
- Sur la toile : Mes courses pour la planète et le blog d'Audrey Garric sur lemonde.fr
- Au cinéma : je vous conseille Blood Diamonds, à voir ou revoir.
- A la télé : on m'a conseillé la nouvelle série de Canal +, Guyane. L'avez-vous vu ?

J.

* Source : Crise écologie, crise des valeurs de Dominique Bourg et Philippe Roch (page 26). ** Source : Thomson Reuters, GFMS Gold Survey. *** The Silver Institute. **** Source : ecoinfo.cnrs.fr

1 commentaire:

  1. Reporterre a publié un article sur le projet de la Montagne d'or en Guyane, très contesté pour ses impacts environnementaux et sociaux : https://reporterre.net/En-Guyane-l-opposition-se-leve-contre-un-projet-de-mine-destructeur-de-la-foret

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